Racial Profiling

Le terme de „Racial Profiling“ désigne toutes le formes de contrôles discriminatoires de personnes ou de véhicules à l’encontre de groupes de personnes qui sont ressenties par les policiers/ères comme éthniquement ou religieusement « différentes » .

La notion de „Racial Profiling“ provient des Etats-Unis où les personnes afroaméricaines et celles d’origine latinoaméricaine font l’objet de contrôles policiers en nombre supérieur à la moyenne. On parle aussi de « Ethnic Profiling ». Dans le contexte européen, non seulement les personnes de couleur font l’objet de contrôles policiers injustifiées, mais aussi celles en provenance de la région des Balkans (particulièrement les Roma) ou des pays arabes ou encore les musulman(e)s en général.

Vous trouvez davantage d’informations sur le „Racial Profiling“ dans le dossier à thème « Profiling Raciste » de humanrights.ch ainsi qu’à la rubrique des activités de l’Alliance ou des initiatives locales.


RACIAL PROFILING

Expérience • Impact • Résistance

Résumé de l’étude : Groupe de recherche collaborative sur le racial profiling (2019) : Le racial profiling : expérience, impact, résistance. Berlin/Bern, Rosa-Luxemburg-Stiftung.

> PDF : https://www.rosalux.de/fileadmin/rls_uploads/pdfs/Studien/racial-profiling.pdf

Extrait

Le racial profiling est une pratique policière discriminatoire et illégale qui reçoit peu d’attention du public. L’étude du groupe de recherche collaborative sur le racial profiling se concentre sur les personnes en Suisse pour lesquelles les contrôles de police racistes font partie de la vie quotidienne. Nous avons mené des entretiens avec des personnes qui se décrivent elles-mêmes comme noir∙e∙s, personnes de couleur, des personnes Yéniches, Sintis, Roms, des personnes qui s’identifient ou sont identifiées en tant que musulman∙e∙s, asiatiques ou migrant∙es ainsi qu’avec des travailleurs∙euses du sexe. Toutes ces personnes sont confrontées à des formes similaires de criminalisation. Cependant, ces pratiques policières varient aussi en fonction de leur sexe, de leur statut de résidence, de leur nationalité et de leur statut socio-économique.

Cette étude s’intéresse aux expériences concrètes de racial profiling, mais aussi aux conséquences et aux effets de tels contrôles sur les personnes contrôlées, sur les communautés affectées et sur la société. Elle aborde aussi les différentes tactiques pour faire face au danger constant d’être pris∙e pour cible par la police ainsi que les stratégies de résistance individuelle et collective à cette pratique raciste.

Expériences : Racialisation, criminalisation, violence, s/exotisation, impuissance et absence de droits

« Ce n’est pas normal de se sentir comme un criminel dans le pays dans lequel on vit. » Gabriel Perreiro

L’étude du groupe de recherche collaborative sur le racial profiling est basée sur des entretiens avec des personnes qui sont soumises à des contrôles de police racistes de manière répétée. Dans le cadre de cette recherche participative, ces personnes racontent qu’elles vivent ces contrôles de police racistes comme étant honteux, stigmatisants et violents. Elles expliquent aussi ce qu’elles ressentent lors d’une telle situation, mais aussi à long terme, et comment elles y font face. Il ressort clairement des déclarations des personnes interrogées qu’elles subissent des discriminations très importantes dans le cadre du racial profiling.

Dans ce cadre, des normes constitutionnelles telles que la présomption d’innocence et des principes de la déclaration des droits de l’homme — le principe d’égalité et d’égalité de traitement — sont violés, et la protection contre la discrimination est de facto suspendue. Dans leurs témoignages à propos d’incidents spécifiques, les personnes interrogées font également part de leurs craintes et de leur colère, mais aussi des reproches qu’elles se font à elles-mêmes. Elles expliquent leurs stratégies et tactiques face au danger constant d’être pris∙e∙s pour cible par la police. Enfin, et ce n’est pas le moins important, elles signalent à maintes reprises comment elles se défendent contre les actions de la police et l’indifférence générale de la société, tant individuellement que collectivement.

L’objectif de l’étude est de documenter les agressions quotidiennes de la police, leurs effets, mais aussi la résistance des personnes concernées. Cela permettra d’aller à l’encontre de la banalisation habituelle des contrôles de police racistes par les autorités policières et politiques. Afin de couvrir un éventail aussi large que possible des groupes de personnes qui subissent de manière répétée des contrôles de police discriminatoires, nous avons parlé à des personnes très différentes, issues de communautés très variées. Même si ces personnes partagent des expériences similaires de discrimination policière, leurs témoignages diffèrent les uns des autres en termes d’expériences typiques vécues avec la police, en terme des stéréotypes projetés sur elles par la police, ainsi qu’en terme de leurs possibilités de se défendre contre ces injustices. La manière dont les contrôles de police sont effectués dépend des racismes spécifiques aux différents groupes ainsi que des facteurs tels que le sexe, le statut de résidence, la nationalité et le statut socio-économique.

Sur la base de ces expériences documentées, l’étude vise à sensibiliser et à encourager la société dans son ensemble à regarder, à écouter et à assumer la responsabilité du racisme institutionnel au sein des forces de police et du racisme dans la société en général. Le racial profiling doit — comme le montrent les entretiens — être compris comme un problème pour la société dans son ensemble, dont les effets négatifs touchent avant tout les Noir∙e∙s et les personnes de couleur, mais ont aussi un impact très négatif sur la société dans son ensemble.

Le racial profiling a de profondes conséquences

« Depuis, j’ai peur […], j’ai constamment peur, même si je ne suis pas coupable et que je ne fais rien. » Tota Sino

Les contrôles de police discriminatoires ne sont pas des exceptions, mais ont lieu tous les jours. Presque toutes les personnes interrogées ont indiqué qu’elles avaient déjà dû subir de nombreux contrôles. Elles parlent aussi d’ami∙e∙s et de connaissances qui ont vécu des expériences similaires. Presque toutes les personnes interrogées décrivent les effets de ces contrôles de police comme très intenses. Lors de tels contrôles, ces effets se manifestent par des sentiments d’humiliation et de dévalorisation, d’impuissance et de frustration ainsi que par le fait de se blâmer soi-même. Mais il n’y a pas que le harcèlement policier qui a un impact immense ; le fait de se sentir exposé∙e en public, les regards et le fait d’être dévisagé∙e par les passant∙e∙s sont souvent décrits comme blessants.

En outre, toutes les personnes interrogées font état des conséquences et des effets à long terme de ces contrôles de police. Elles décrivent comment elles sont en proie à une peur constante de la police et comment les mesures de précaution qu’elles mettent en place limitent leur liberté de mouvement dans l’espace public. Certaines de ces personnes se referment, se sentent isolées socialement et seules face à leurs problèmes de racial profiling. De nombreuses personnes interrogées sont soumises à une énorme pression pour s’adapter afin d’éviter d’être remarquées et donc d’être ciblées par la police. Certaines d’entre elles souffrent de désavantages financiers et matériels dus aux contrôles permanents. En outre, plusieurs expliquent qu’à cause de ces contrôles, leur relation avec la police et les autorités étatiques est marquée par une méfiance fondamentale et une perte de confiance.

Le racial profiling a donc des effets et est omniprésent aussi en dehors des situations de contrôle, jusque dans la vie quotidienne — comme restriction de la liberté et comme menace pour sa propre sécurité. Cette pratique raciste n’a pas seulement un effet sur ceux∙celles qui sont contrôlé∙e∙s, mais aussi sur les agents de police et sur les passant∙e∙s qui observent la scène. Ces contrôles effectués dans l’espace public suggèrent que certaines (groupes de) personnes sont dangereuses. Ils créent l’image d’une force de police qui protégerait la « population normale » contre les « autres », les personnes soi-disant criminelles et illégales. Suivant une logique de raisonnement circulaire, les contrôles discriminatoires apparaissent ensuite comme légaux et légitimes, même s’ils constituent en fait l’acte illégal réel.

L’expérience du racisme suscite de la résistance

« Je ne vais plus accepter cela ! Je ne montrerai plus ma carte d’identité lors de contrôles racistes. » Mohamed Wa Baile

Au cours des discussions, il est clairement apparu que les expériences répétées de racial profiling, de harcèlement et d’oppression conduisent à un engagement contre cette forme ainsi que contre d’autres formes de racisme. Mohamed Wa Baile, par exemple, raconte comment il a commencé à se défendre politiquement contre le racial profiling par différents moyens : actions publiques, événements éducatifs et culturels, procédure légale contre un contrôle, (auto-)organisation des personnes directement concernées et d’activistes solidaires.

Dans les interviews, diverses tactiques sont décrites : par exemple, comment éviter les contrôles et l’attention de la police ou comment s’opposer à de telles pratiques par le biais de diverses actions. Pour l’analyse des témoignages au sein de cette étude, un concept de résistance au sens large a été utilisé. Ce concept englobe aussi des aspects d’incontrôlabilité, d’obstination et de sape subversive des interventions policières. Ainsi, plusieurs personnes interrogées ont utilisé des formes de « camouflage » afin d’éviter des contrôles. D’autres rapportent qu’elles interrogent sans cesse les policier∙ère∙s sur la raison du contrôle, qu’elles leur font remarquer l’illégalité de leurs actions ou même défient les policier∙ère∙s par des interventions paradoxales. De plus, d’autres indiquent avoir demandé l’aide de passant∙e∙s ou être intervenu∙e∙s d’eux∙elles-mêmes dans des situations de contrôle en filmant et en posant des questions.

Reconnaître l’existence du racial profiling : percevoir le racisme comme un problème !

Alors qu’un panneau indiquant « Réservé aux blancs » est reconnu par tou∙te∙s comme étant du racisme, les contrôles de police qui prennent pour cible des personnes arbitrairement en fonction de la couleur de peau et d’autres caractéristiques ethniques et religieuses présumées ne sont pas encore suffisamment reconnus comme discriminatoires. Le racial profiling restreint massivement l’accès de nombreuses personnes à l’espace public et à la liberté de mouvement — en particulier celles dont le statut de résidence est précaire. Le racial profiling a de plus de graves répercussions sur leur vécu de citoyen∙ne∙s doté∙e∙s de droits égaux. Tant que des personnes seront criminalisées sur la base de préjugés racistes et tant que la prévention des violations des droits de l’homme et de la discrimination ne sera pas l’objectif premier de l’action policière, il sera nécessaire de lutter activement contre les pratiques discriminatoires de surveillance et de contrôle. Sur la base de leurs expériences, presque toutes les personnes interrogées adressent des demandes directement à la police ou font des suggestions concrètes sur la manière dont nous pouvons tou∙te∙s prendre nos responsabilités dans des situations concrètes. Wakur Bari, par exemple, explique : « Vous pouvez faire beaucoup, en tant que tierce personne […] : intervenir, commenter, prendre des notes, […] — pour que tout le monde se rende compte de ce qui se passe — le documenter et le partager, voire le filmer ! »