Agir contre les violences policières racistes

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Stoppons le racisme institutionnel de la police suisse à l’encontre des personnes Noires, des personnes racisées et des personnes au statut de séjour précaire

À travers le monde, les personnes Noires, racisées, autochtones et alliées de la lutte contre le racisme expriment leur indignation, et leur douleur face à toutes les personnes qui ont perdu la vie suite à des violences policières racistes. Nous ne pleurons pas seulement George Floyd, Tony McDade, Breonna Taylor ou Ahmaud Arbery, tué·es ces dernières semaines aux États-Unis par des policiers·ères ou des milices citoyennes. Nous ne pleurons pas seulement les nombreuses personnes tuées dans d’autres pays, comme Ágatha Vitória Sales Félix ou David Nascimento dos Santos au Brésil, Adama Traoré en France et Oury Jalloh en Allemagne. Nous pleurons également les personnes tuées en Suisse par les violences policières racistes, comme Mike Ben Peter, Hervé Mandundu, Lamin Fatty et bien d’autres. Ces homicides ne sont pas des cas isolés. Ils sont l’expression du racisme structurel et de la politique d’expulsion qui prévaut dans la société suisse et dans les institutions de l’État. La violence policière raciste est une réalité mortelle, y compris en Suisse!

Ces vingt dernières années, les personnes suivantes ont perdu la vie en Suisse dans le cadre d’interventions racistes de la police1:

  • Khaled Abuzarifa, asphyxié le 3 mars 1999, ligoté et la bouche scotchée, lors d’un renvoi forcé.
  • Samson Chukwu, asphyxié le 1er mai 2001, les mains attachées dans le dos, lors d’un renvoi forcé à la prison de Granges, en Valais.
  • Cemal G., mort le 3 juillet 2001 des suites d’une intervention policière violente à Berne-Bethlehem.
  • Hamid Bakiri, suicide par pendaison le 20 septembre 2001, jour de son expulsion prévue, dans les locaux de la police de Coire.
  • Claudio M., mort le 29 avril 2004 lors de son arrestation par la police à Brüttisellen, dans le canton de Zurich.
  • Yaya Bakayoko, mort le 3 juin 2004 suite à une chute par la fenêtre lors d’une intervention policière à Bâle.
  • Anthony, mort par suicide le 1er septembre 2004 à Bellinzone en détention préventive.
  • Un homme inconnu, dont la demande d’asile a été rejetée, suicide par pendaison le 23 janvier 2005, en détention préventive à Sarnen, dans le canton d’Obwald.
  • Ousman Sow, mort de soif dans la nuit du 2 au 3 janvier 2007, pendant une grève de la faim à la prison régionale saint-galloise d’Altstätten.
  • Alhusein Douto Kora, mort suite à des problèmes respiratoires le 5 mars 2007, lors de son expulsion de Suisse vers la Gambie.
  • Mariame Souaré, morte le 25 août 2007 lors d’une chute du cinquième étage, en fuite devant la police, à Genève.
  • Abdi Daud, mort le 23 mars 2008 à Centre hospitalier universitaire de Zurich, après plusieurs mois de détention à la prison de l’aéroport de Zurich.
  • Andy Bestman, noyé dans le Rhin le 30 mai 2008 à Bâle, en fuite devant la police.
  • Joseph Ndukaku Chiakwa, mort le 17 mars 2010 à l’aéroport de Zurich lors de son renvoi forcé, en ligotage complet avec cagoule anti-crachat et casque.
  • Une femme inconnue, dont la demande d’asile a été rejetée, morte dans les locaux de la police de Zurich le 3 juin 2011.
  • Medina Yassin Suleyman, menacée de renvoi, morte par suicide le 18 mars 2012 à l’hôpital de Linth, dans le canton de Saint-Gall.
  • Oleg N., mort par suicide dans la nuit du 11 au 12 novembre 2012 dans la prison de l’aéroport de Zurich.
  • Ilhan O., mort le 4 janvier 2013 dans les locaux de la police zurichoise.
  • Hervé Mandundu, tué à Bex le 6 novembre 2016 par plusieurs coups de feu tirés par un policier.
  • Subramaniam H., tué le 6 octobre 2017 au cours d’une opération de police dans le centre d’asile de Brissago, au Tessin.
  • Lamin Fatty, mort en détention à Mont-sur-Lausanne la nuit du 23 au 24 octobre 2017.
  • Mike Ben Peter, mort la nuit du 28 février au 1er mars 2018 lors d’un contrôle de police à Lausanne.
  • Salah Tebbouche, mort le 30 décembre 2019.

* Liste non exhaustive

La plupart des faits de violence raciste ne sont jamais portés à la connaissance du public, et il arrive souvent qu’ils soient occultés. En dehors des hommes Noirs, les violences racistes et les interventions policières violentes ciblent en particulier les femmes Noires et les femmes racisées, les personnes au statut de séjour précaire, les Yéniches, les Rom·nia, les Sint·ezza, les personnes trans, queer et non binaires ainsi que les travailleurs·euses du sexe de tous les genres. Mais les personnes qui subissent ces violences ont très peu de chances que leur expérience soit entendue et que les responsables soient sanctionné·es.

Il est temps, pour ceux·celles qui ne subissent pas de violence raciste dans leur propre corps, de prendre conscience du racisme systémique. Le racisme n’est pas seulement une faute individuelle, mais bien un rapport historique et social inscrit dans la Suisse et ses institutions, comme héritage colonial et réalité nationaliste.

Il est temps de lutter activement contre toutes les formes de racisme, et de dénoncer ensemble la normalité et l’évidence avec lesquelles les personnes Noires, autochtones ou racisées sont systématiquement déshumanisées, présentées comme un danger, criminalisées et illégalisées. Il est temps que les corps des personnes Noires et racisées ne soient plus traités comme inférieurs. Nous devons, en tant que société entière, unir nos forces pour faire en sorte que toutes les personnes en Suisse puissent se déplacer librement dans les espaces publics et privés, sans crainte, sans humiliation et sans risque d’être exposées à des violences racistes.

La violence policière raciste n’est que la pointe de l’iceberg, mais elle met en évidence la nature violente de toutes les formes de racisme.

Stoppons les violences policières racistes!
Nos revendications concrètes:

  • Toutes les institutions, organisations et autorités doivent reconnaître, documenter et combattre le racisme comme un problème affectant la société dans son ensemble. La première étape étant que les décideurs·euses politiques et la direction opérationnelle de la police reconnaissent la violence policière raciste, le «racial profiling» et la politique meurtrière d’expulsion comme un problème fondamental, structurel et institutionnel qui dépasse le cas individuel.
  • Au sein des départements et services de la Confédération, des cantons et des municipalités, les décideurs·euses responsables de la police et des gardes-frontières doivent examiner leurs propres pratiques sous l’angle du racisme, et modifier radicalement leur manière de travailler, en partant d’un concept antiraciste élaboré et évalué par des expert·e·s en matière de lutte contre le racisme. De plus, le travail de la police et des gardes-frontières doit être surveillé par des commissions d’enquête indépendantes.
  • Toutes les institutions responsables de la politique de sécurité doivent prendre publiquement position contre la violence policière et le «racial profiling».
  • Tous les décès survenus à ce jour à la suite d’interventions policières, dans les locaux de la police ou en garde-à-vue doivent faire l’objet d’une enquête par une commission indépendante d’expert·e·s. Cette commission doit avoir la compétence de demander des comptes à toutes les personnes et institutions concernées, tant sur le plan éthique que juridique, et d’imposer des sanctions.
  • L’État doit financer un service de lutte contre les violences policières, issu de la société civile et totalement indépendant, pour enregistrer systématiquement les cas de «racial profiling» et de violence policière.
  • L’arrêt immédiat des renvois, ainsi que la suppression de la détention administrative et du régime d’aide d’urgence.
  • Les parlements doivent redistribuer les ressources financières allouées à la police, en tenant compte des organisations et des projets luttant activement contre la discrimination raciste.
  • Les personnes Noires, autochtones et racisées doivent être étroitement associées à l’élaboration et au développement des concepts encadrant le travail des centres de consultation contre le racisme financés par la collectivité.
  • Les médias, les institutions et les milieux politiques doivent se confronter sérieusement au racisme en Suisse et à leurs propres structures marquées par le racisme, travailler à surmonter ce racisme et mener un débat public à ce sujet.
  • Toute personne vivant dans cette société doit lutter contre le racisme structurel, institutionnel et ordinaire, et s’engager pour une attitude antiraciste dans son entourage.

les organisations signataires:

  • Allianz gegen Racial Profiling
  • Augenauf – Basel – Bern – Zürich
  • Autonome Schule Zürich ASZ
  • Bla.sh – Netzwerk Schwarze Frauen in der Deutschschweiz
  • Berner Rassismusstammtisch
  • Copwatch – Informations- und Dokumentationsstelle für Betroffene rassistischer Polizeigewalt in Frankfurt
  • Coletivo Taoca
  • Collectif Africain-Suisse
  • Collectif Afro-Swiss
  • Diversum – Verein für PoC
  • Kollektiv Kritisches Weisssein Bern
  • Medina
  • Migrant Solidarity Network
  • Solifonds
  • Vo Da.
  • Wir alle sind Bern

1 Wa Baile, Mohamed (2019). Helvetzid. In: Mohamed Wa Baile/Serena O. Dankwa/Tarek Naguib/Patricia Purtschert/Sarah Schilliger (eds.), Racial Profiling (229-238). Bielefeld: transcript Verlag. La documentation des cas est tirée du livre augenauf (2015), «Dem einfach etwas entgegensetzen», Zürich: edition 8.

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